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Le jazz vocal se prête mal aux classements. Une voix impressionne par sa technique, une autre par sa façon de raconter une histoire, et les deux se défendent. Voici un avis argumenté, puis des albums pour vérifier par vous-même.
Il n'existe pas de classement objectif, mais Ella Fitzgerald est la plus souvent citée : maîtrise vocale, justesse, art du scat et discographie immense en font la référence du jazz vocal. Billie Holiday, Sarah Vaughan et Nina Simone lui disputent cette place selon ce que l'on cherche : émotion, virtuosité ou engagement.
Née le 25 avril 1917 à Newport News, en Virginie, Ella Fitzgerald remporte en 1934 un concours d'amateurs à l'Apollo Theater de Harlem. Elle rejoint ensuite l'orchestre de Chick Webb, avec qui elle enregistre « A-Tisket, A-Tasket » en 1938. À la mort de Webb, elle dirige la formation, puis lance sa carrière solo en 1942.
Son atout décisif tient au scat, cette improvisation sur des syllabes sans sens qu'elle a portée à un niveau rarement égalé. Son autre force est la constance : sous la direction du producteur Norman Granz, elle enregistre des « songbooks » consacrés aux grands auteurs américains, dont Ella Fitzgerald Sings the Cole Porter Song Book en 1956. Elle a croisé Louis Armstrong, Duke Ellington et Count Basie, et laissé des disques live comme Ella in Berlin.
Les distinctions suivent : 14 Grammy Awards, la National Medal of Arts et la Presidential Medal of Freedom. Elle est morte le 15 juin 1996, à 79 ans, après une dernière apparition publique en 1991.
Il faut toutefois nuancer. Ella brille par la perfection technique et la clarté, moins par la blessure intime. Si vous cherchez cette dernière, d'autres voix passent devant elle.

Commencez par Ella Fitzgerald avec l'album Ella and Louis, avec Louis Armstrong : voix claire, répertoire de standards, écoute facile. Si vous préférez l'émotion brute, prenez Billie Holiday, et pour une voix plus contemporaine, Norah Jones ou Diana Krall servent de porte d'entrée douce vers le genre.
Un bon test consiste à écouter un même standard chanté par trois voix différentes. Vous entendrez vite ce qui vous touche : l'aisance d'Ella, la fragilité de Billie ou la gravité de Nina. Pour Ella, Ella and Basie! (1963) et Ella in Berlin (1960) montrent deux facettes très différentes, l'une avec big band, l'autre sur scène.
Née en 1915 (à Philadelphie selon la plupart des sources) et morte à New York en 1959, Billie Holiday débute dans les clubs de Harlem dans les années 1930 et enregistre avec Teddy Wilson, Lester Young ou Count Basie. Sa voix n'a ni l'étendue d'Ella ni la virtuosité de Sarah, mais elle a un phrasé qui donne l'impression d'une confidence. « Strange Fruit », enregistré en 1939, dénonce les lynchages aux États-Unis, et « God Bless the Child » reste l'un de ses grands titres. Sa vie, marquée par le racisme, des relations violentes, l'addiction et des ennuis judiciaires, a pesé sur sa santé et sur sa fin.
Née à Newark en 1924 et morte en Californie en 1990, Sarah Vaughan remporte elle aussi un concours à l'Apollo, en 1942, puis intègre l'orchestre d'Earl Hines, où passent Dizzy Gillespie, Charlie Parker et Billy Eckstine. Sa technique, son étendue et son sens de l'harmonie lui permettent de rivaliser avec des instrumentistes. Elle a enregistré avec Clifford Brown et laissé des titres comme « Misty » ou « Lullaby of Birdland ». C'est la voix à choisir si l'audace vocale vous attire plus que la sobriété.
Née à Tryon en 1933 et morte à Carry-le-Rouet en 2003, Nina Simone est d'abord une pianiste de formation classique. Son répertoire mêle jazz, blues, gospel et folk, ce qui rend son étiquette « jazz » discutable, mais sa version de « I Loves You, Porgy » (1958) reste un jalon du chant jazz. Son engagement pour les droits civiques a donné « Mississippi Goddam », « Four Women » et « To Be Young, Gifted and Black ». Plus tard, « Feeling Good » et « My Baby Just Cares for Me » l'ont rendue familière à un très large public.
Le jazz vocal ne s'est pas arrêté avec les pionnières. Cinq noms sortent du lot :
Erykah Badu (Baduizm, 1997) et Jill Scott (Who Is Jill Scott? Words and Sounds Vol. 1, 2000) sont souvent classées dans le jazz, mais leur univers relève surtout de la neo-soul, avec des couleurs jazz. Il en va de même pour Alicia Keys, Adele ou Amy Winehouse : influences jazz, catalogue majoritairement soul ou pop.

Trois festivals historiques accueillent régulièrement des voix jazz, sans se limiter à ce genre :
La programmation change chaque année et ne comprend pas toujours du jazz vocal : vérifiez les têtes d'affiche sur le site de chaque festival avant de réserver.
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